10 juin 2007
Dans mon lit
Dans mon lit
Je t'aime ... il me l'avait dit ...
Cette promesse muette, cet engagement implicite de rester avec moi ...
Pourquoi ne les a-t-il pas respectés ? Pourquoi m'a-t-il abandonné ? Si au moins je savais ... Ecrire est trop dur, parler m'est impossible ... Je ne peux que pleurer ...
La jeune fille brune referma son journal intime et posa son stylo, lasse d'écrire. Elle leva ses yeux verts rougis par le temps qu'elle avait passé à pleurer et se rendit compte que sa chambre était dans le même état que sa vie, un bazar sans nom ...
Cela faisait maintenant une semaine qu'elle passait son temps à pleurer ... parfois elle dormait aussi ... parfois ...
Souvent elle se demandait comment elle arrivait à survivre à cette douleur atroce et lancinante qui avait pris possession de son c½ur.
Son père était inquiet, ses amis l'étaient autant, même elle, elle s'inquiétait ... Mais sa douleur était beaucoup trop forte pour qu'elle la repousse. Elle avait cessé de lutter, démoralisé par ce combat mené vainement ...
Du lit où elle était allongée elle ne pouvait distinguer que des souvenirs, lointains, de sa vie brisée. Des souvenirs de lui ...
Elle lui en voulait, elle l'aimait, elle le détestait, elle l'enviait ... Lui qui avait été suffisamment lâche pour la quitter sans un mot. Comment faisait il pour se délester à ce point de ses sentiments ? Elle voulait, non, elle avait besoin de savoir comment, sinon elle ne survivrait pas ...
Voilà une semaine qu'il était partit, une semaine qu'elle pleurait ... Et s'il ne revenait pas, un jour, elle le savait, son c½ur allait exploser ... de douleur ou de chagrin, elle n'était pas sûre.
Elle entendit une voix dans le couloir, la voix de son père. Les mêmes mots que le matin, les mêmes mots prononcés inlassablement depuis sept jours ...
« Viens manger », il la suppliait de s'alimenter, mais elle ne pouvait pas ... pas sans lui ...
Alors, comme les jours précédents, elle répondit non.
Son père ne pénétrait jamais dans sa chambre, pas depuis la mort de sa mère ... Peut être avait il peur d'être confronté à la dure vie de son adolescente de fille, sans aucun renfort pour le sauver ...
Mais ce jour là il le fit, la première fois en cinq ans. Il ne prononça qu'une phrase puis s'éclipsa, apeuré par les larmes de sa fille.
« Je ne me permettrais qu'un conseil : commence par essayer d'oublier, le reste viendra tout seul ... »
Elle resta longtemps perplexe. Oublier ? Ce mot l'horrifiait. Elle ne voulait pas oublier, juste le retrouver ...
Mais en revoyant l'expression de son père, elle comprit qu'elle devrait essayer. Ne serait ce que pour donner un semblant d'espoir à cet homme qui l'aimait tant ...
Elle se leva tremblante, ne se raccrochant qu'à la promesse faite à une petite fille de cinq ans. Un engagement pris auprès de sa petite s½ur, lui promettant qu'un jour, elle irait mieux ...
Elle arracha toutes les photos, une à une, consciencieusement. Mais elle dû s'arrêter en prenant la dernière dans ses mains. Cette photo prise quelques semaines auparavant, ce jour magique où il lui avait enfin dit ce je t'aime qu'elle attendait tant ... Elle tomba à genoux, terrassée par la douleur ...
Elle pleura en silence, longtemps, jusqu'à ce que ses rêves l'emmènent dans un monde lointain, au delà de la réalité ...Mais même dans ce monde, une personne la hantait ...
Elle se réveilla en nage. Incapable de savoir où elle était ni comment elle s'appelait. Seul un nom restait. Nicolas ... Nicolas ...
Elle mit longtemps à se calmer, mais quand elle retrouva ses esprits, ses yeux se posèrent directement sur la photo laissée de côté. Elle la prit dans les mains et la retourna, pour contempler la seule chose qu'il lui avait laissé : une phrase.
« Aimer, c'est agir. »
La phrase retentit comme un écho dans l'esprit de la jeune fille ... aimer ... agir ... Deux mots qu'elle pensait avoir oublié ... Deux mots qu'elle se sentait incapable d'utiliser ...
Et pourtant, elle savait qu'elle n'avait pas le choix. Si elle voulait survivre, elle devait agir. Si elle voulait survivre, elle devait le retrouver ...
Elle ne mit pas bien longtemps à savoir où il se cachait. Son meilleur ami n'avait jamais supporté de la voir pleurer ... C'est ainsi que deux heures plus tard, elle se retrouva dans un train, direction Marseille, sans trop savoir ce qu'elle faisait ...
Malheureusement, elle commit l'erreur de partir sans rien pour occuper son esprit ... Et un esprit qui n'a rien à faire n'a qu'une solution : penser. Penser et peut être ouvrir les yeux sur une réalité encore plus pénible : Et s'il y en avait une autre ?
Non c'était impossible, il lui avait promis ...
Mais elle repensa à leur premier baiser, deux ans plus tôt alors qu'ils s'étaient promis de rester amis. Elle repensa à toutes ces heures passées ensemble à s'aimer, alors qu'ils avaient promis à leurs parents de travailler. Elle repensa au jour où il lui avait promis qu'il serait toujours auprès d'elle. Elle repensa à la dernière fois qu'elle l'avait vu, quand il lui avait dit je t'aime après l'avoir embrassé.
Mais tous ces souvenirs lui firent encore plus mal, car ils lui montraient ce qu'elle ne voulait pas voir : personne ne tient ses promesses ...C'était trop dur à admettre pour son c½ur souffrant, mais les faits étaient là et ils ne comptaient pas s'en aller.
Malheureusement, elle n'eu pas le temps de se consoler, son train venait d'arriver à destination.
Elle connaissait cet endroit à travers lui, il y passait toutes ses vacances ... Mais que faisait il ici ?
Elle héla un taxi qui la conduisit au 2 corniche du soleil, une petite maison face à la mer. Elle se figea devant la porte, terrifiée par ce qu'elle allait découvrir ... Elle voulait encore réfléchir un peu mais la porte s'ouvrit sur lui. Lui qui l'avait tant fait souffrir. Lui qui avait toujours était grand et fort. Lui qui semblait mort de peur aujourd'hui face à elle.
- Lysebeth ?
Elle posa ses grands yeux verts sur lui :
- Aimer, c'est agir. Voilà, j'ai agi. A ton tour maintenant ...
12 juin 2007
Quelque part entre Marseille et Poitiers
Quelque part entre Marseille et Poitiers
J'avais raison, personne ne tient ses promesses...
Il m'avait dit je t'aime mais c'était faux.
S'il m'avait vraiment aimé, il n'aurait pas eu à faire ce choix ...
S'il m'avait vraiment aimé, il ne m'aurait pas trompé ...
S'il m'avait vraiment aimé, il aurait du tout faire pour rester à mes côtés ...
S'il m'avait vraiment aimé, il n'aurait pas mis cette fille enceinte ...

